Gérard Moreau vote OUI
Je voterai OUI avec conviction et enthousiasme pour les raisons suivantes :
° Je me sens profondément européen et jéprouve du respect et de lempathie pour tout les peuples qui constituent lEurope ; je me sens chez moi à Edimbourg, à Berlin, à Madrid , à gênes, à Prague et ailleurs.
° Je suis un adepte des petits pas positifs, concrets, pragmatiques qui transforment progressivement la vie quotidienne ; je ne crois pas au « grand soir » promis pour demain mais qui se fait attendre ! Faire croire, dans une société comme la nôtre, observée telle quelle est et non telle quon voudrait quelle soit, que seule la révolution est porteuse davenir pour tous, cest prendre les citoyens pour des gogos, cest les duper comme le barbier qui promet de raser gratis
demain !
° Je suis convaincu que lon est plus intelligent à 25 que seul et quen outre personne ne détient la vérité révélée pas plus en politique que dans dautres domaines , à moins que certains beaux esprits, pure produit de lélitisme à la française, ne se croient autorisés à donner des leçons de démocratie à des peuples qui ont prouvé leur maturité, leur sens des responsabilités et qui, pour certains, pratiquent la démocratie depuis bien plus longtemps que nous.
° Le texte qui nous est proposé aujourdhui, imparfait sans doute, est le résultat dun compromis sur lequel nous avons beaucoup pesé ; Il dit le droit et acte des progrès indéniables dans de nombreux domaines notamment dans ces titres I et II ; le titre III, qui suscite les débats les plus passionnés, nest que la reprise des traités précédents que nous avons ratifiés ; dire non cest proroger les dispositions de ces traités qui ne nous sont pas favorables ; dire OUI, cest se donner les moyens denrichir, dans les cinq années qui viennent, les dispositions du traité dans le cadre dune négociation permanente appuyée par un Parlement européen dont les pouvoirs auront été renforcés grâce au traité. Nous devons tirer parti des avancées, des ouvertures des parties I et II, en proposant en qualité de citoyens, de syndicalistes, de militants politiques des projets économiques et sociaux alternatifs, crédibles, et en utilisant le droit dinitiative populaire que les partisans tournent en ridicule, comme si il, était de bon ton de mépriser un droit nouveau. Qui peut croire que ce droit exercé par des millions de citoyens resterait sans effet sur la politique de la commission et du conseil européens.
° Ceci suppose que nous prenions lEurope au sérieux et que, collectivement, nous agissions pour que notre pays envoie à Strasbourg et à Bruxelles des commissaires et des diplomates parmi les plus compétents, les plus énergiques et les plus expérimentés ; citoyens nous devons veiller à ce que les listes de candidats aux élections européennes ne se transforment pas en listes de rattrapage des battus des suffrages nationaux ou en débouchés pour les hiérarques des partis.
° La charte des droits fondamentaux, aujourdhui tant décriée, à été soutenue à Nice par une manifestation syndicale qui réclamait son intégration au traité auquel elle nétait quannexée ; aurait-elle en cinq ans perdue toute crédibilité, toute légitimité ? On peut toujours mettre la barre plus haut en sachant que personne ne pourra la franchir ; cest une stratégie de rupture délibérée, du tout ou rien ; mais, où nous conduit-elle ? A la paralysie, à limpuissance, à léchec. Croire que les européens, majoritairement réformistes, vont adhérer aux thèses « jusquau- boutistes » des tenants du NON, cest ignorer lessence même de la démarche européenne qui repose depuis lorigine sur un consensus qui dépasse les idéologies.
° Prétendre avoir raison contre tous est la manifestation dune arrogance nationaliste que je rejette ; Raisonner en considérant que la France est le nombril du monde, que son modèle social, son école, sa culture doivent simposer à tous, est lexpression dun mépris pour les autres peuples, dun aveuglement sur la réalité de notre pays , dun autisme exaspérant, qui ne peuvent nous conduire quà un isolement, splendide peut-être, mais assurément appauvrissant.
° Faut-il rappeler quen 1954, la même coalition hétéroclite (souverainistes, communistes et socialistes « de gauche ») a fait échoué la première initiative dEurope politique, la CED, au prétexte de lutter contre le retour de lAllemagne au rang des nations assorti de la création dune armée intégrée à la CED ; faut-il rappeler quils se sont tiré une balle dans le pied en permettant la mise en uvre de ce quils combattaient : la CED fut morte née, mais lAllemagne fut réintégrée dans le concert des nations et son armée intégrée à lOTAN. Aujourdhui, voter NON, serait lutter contre lultralibéralisme ! Jobserve que lultralibéralisme honnit tout ce qui peut le contraindre, il refuse les règles, les traités, les lois qui entravent son expension. Ce sont les citoyens qui ont besoin des lois, des traités, des règles qui constituent un cadre de régulation et de protection sociale et économique.
° Etre socialiste, cest dabord être un humaniste universaliste, cest avoir la conviction que nous sommes « condamnés à être des novateurs pour léternité », cest plaider, comme la fait JAURES, socialiste, républicain, pacifiste militant, en 1905, pour lunion qui seule est porteuse de progrès et de paix, pour lEurope patrie des hommes libres et solidaires, cest affirmer que le développement « nest pas un gâteau à partager » mais « un processus à diffuser ».
° Une Europe fédérale, politiquement majeure, constitue un garant contre lhégémonie américaine, une puissance en termes de négociations économiques et politiques avec les pays émergents dAsie, une opportunité pour construire la défense commune que nous navons pas su promouvoir en 1954 ; sans lappui des autres européens chaque pays devient un maillon faible.
° Le NON nous mène à limpasse ; il se construit sur le rejet arrogant et chauvin de lautre, sur des valeurs qui me sont étrangères, que je nai jamais partagées ; il suscite au mieux lincompréhension de nos amis, leur perplexité devant des arguments dun débat purement franco-français, au pis la colère et le désespoir.
° Que certains soient tentés le 29 mai dexprimer leur « ras le bol », leurs inquiétudes légitimes, leurs insatisfactions et leur colère je le comprends ; dire « Merde à Vauban ou à la reine dAngleterre » soulage ; cest, momentanément, jubilatoire ; mais après ? Les choses auront-elles changé de nature le 30 ? Il ne faut pas se tromper de scrutin. Mobilisons-nous pour ceux à venir, 2007, cest demain et nous naurons pas trop de temps et dénergie pour nous mettre en ordre de bataille.
Pour ma part, je voterai sans états dâme, avec conviction et enthousiasme comme tous mes amis européens, OUI au traité constitutionnel, OUI à lEurope.
Enfin, si je devais me trouver en désaccord avec les orientations du PS, démocratiquement arrêtées, je le quitterais par respect pour mes convictions et pour ceux qui auraient pris dautres routes. Je naccepte pas lattitude de ceux qui, mis en minorité, bafouent la démocratie, la volonté des militants, pour satisfaire leur égo démesuré ; ils décrédibilisent notre parti vis à vis des électeurs qui ne comprennent pas quil puisse y avoir deux campagnes du PS. Quel crédit auront nous demain quen nous prétendrons gouverner ce pays ?
Pour retrouver force et légitimité, en homme libre, je voterai OUI, deux fois OUI.
Gérard MOREAU.